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L'humanisme au travail, posture managériale incontournable ou 21e s.

16 mars 2023 par
Labonne Max

L’humanisme au travail, une posture managériale devenue incontournable

Le management humaniste n’est pas un management gentil.

Il ne consiste pas à éviter les décisions difficiles, à supprimer les contraintes ou à dire oui à tout le monde.

Il consiste à obtenir des résultats sans considérer les personnes comme de simples ressources à mobiliser.

La nuance est importante.

Et au XXIe siècle, elle devient incontournable.


L’ancien modèle ne tient plus

Pendant longtemps, une idée a dominé le monde du travail :

L’impérieuse nécessité de produire et d’obtenir des résultats justifie les contraintes imposées aux salariés. L’entreprise est ainsi faite.

Cette vision n’a pas totalement disparu.

Mais elle se heurte désormais à la défiance envers le management « old school », aux tensions sociales, aux difficultés de recrutement, au désengagement et aux conséquences d’un management inadapté sur la santé physique, mentale et émotionnelle.

Des salariés, bien sûr.

Mais aussi des managers et des dirigeants eux-mêmes.

Continuer à diriger comme avant en espérant obtenir des résultats différents ne relève plus de la fermeté.

Cela relève du déni.


Être humaniste au travail, qu’est-ce que cela signifie ?

Dans son sens philosophique, l’humanisme place la personne humaine et son épanouissement au-dessus des autres valeurs.

Dans l’entreprise, cela ne signifie pas que l’humain passe avant tout, quelles que soient les circonstances.

Cela signifie qu’il est placé au même niveau que les enjeux les plus cruciaux, qu’ils soient financiers ou stratégiques.

Pas après.

Et concrètement, combien d’entreprises accordent, en comité stratégique, autant de poids aux enjeux humains qu’aux enjeux financiers ?

Allons plus loin.

Un directeur commercial explose ses objectifs de chiffre d’affaires. Dans le même temps, son équipe connaît un turnover très élevé et plusieurs collaborateurs compétents quittent l’entreprise.

Quelle décision prend-on ?

Le félicite-t-on pour ses résultats, en considérant que le turnover sera réglé en recrutant des personnes « plus solides » ?

Ou le challenge-t-on d’abord sur son management, en considérant que la perte répétée de collaborateurs compétents met en danger la pérennité de l’entreprise ?

J’ai vécu les deux.

Dans la même entreprise.

Sous deux directions différentes.

Le contraste était édifiant.

C’est à ce niveau que se construit, ou non, une organisation humaniste.

Pas dans les valeurs affichées au mur.

Dans ce que l’entreprise choisit de reconnaître, de récompenser et de ne plus accepter.


Le premier obstacle, c’est notre propre cadre de référence

Nous ne voyons jamais totalement la réalité telle qu’elle est.

Nous la voyons à travers notre histoire, nos expériences, nos valeurs, nos convictions et les codes liés à notre fonction.

C’est notre cadre de référence.

Il influence notre façon d’interpréter les comportements des autres.

Un collaborateur silencieux peut nous sembler désengagé. Il est peut-être simplement prudent.

Une personne qui pose beaucoup de questions peut nous paraître résistante. Elle cherche peut-être à comprendre avant d’agir.

Un manager très direct peut se croire clair. Son équipe peut le vivre comme brutal ou imprévisible.

Notre lecture n’est pas forcément fausse.

Mais elle n’est jamais neutre.


Ce que nous percevons n’est pas la réalité

C’est notre réalité.

Et plus nous sommes sous pression, plus nous risquons de confondre les deux.

Comprendre la notion de cadre de référence, c’est accepter que l’autre ne pense pas, ne réagit pas et ne travaille pas exactement comme nous.

Ce n’est pas renoncer à nos exigences.

C’est arrêter de prendre notre propre fonctionnement pour une norme universelle.

C’est là que commence une posture réellement humaniste.



Considérer les personnes ne suffit pas

Beaucoup de managers se pensent humanistes parce qu’ils sont accessibles, bienveillants ou attentifs.

C’est utile.

Mais c’est insuffisant.

Un manager peut être sympathique et rester flou.

Il peut écouter son équipe sans décider.

Il peut vouloir protéger les personnes tout en évitant les conversations difficiles.

Il peut encourager l’autonomie sans donner de cap précis.

Dans tous ces cas, l’intention est bonne.

Le résultat l’est beaucoup moins.

Le management humaniste demande davantage :

  • expliquer le sens ;
  • poser un cadre clair ;
  • dire ce qui est attendu ;
  • écouter réellement ;
  • décider quand cela est nécessaire ;
  • contrôler sans infantiliser ;
  • reconnaître les différences sans renoncer à l’équité ;
  • assumer les désaccords sans abîmer les personnes.

Ce n’est pas de la gentillesse.

C’est du travail managérial.


Le management humaniste est plus exigeant que le management directif

Le management directif peut donner une impression d’efficacité immédiate :

je décide, j’ordonne, tu exécutes.

Dans certaines situations, notamment en cas d’urgence, cette posture est nécessaire.

Mais en faire son mode de fonctionnement permanent finit souvent par réduire l’initiative, la responsabilité et la capacité de réflexion des équipes.

Le management participatif, proche de la théorie Y de Douglas McGregor, demande beaucoup plus au manager.

Il faut informer sans noyer.

Écouter sans renoncer à décider.

Donner de l’autonomie sans abandonner le cadrage.

Faire confiance sans supprimer le contrôle.

Reconnaître les difficultés sans diminuer le niveau d’exigence.

Si c’était simple, cela se saurait.


Quelques questions qui changent réellement la posture

L’humanisme au travail ne se mesure pas dans un discours.

Il se voit dans les pratiques quotidiennes.

Un manager peut commencer par se poser quelques questions très concrètes.

Sur la communication

Est-ce que je parle suffisamment à mon équipe ?

Mes messages sont-ils réellement compris ?

Mes silences créent-ils de l’autonomie… ou de l’inquiétude ?

Sur le sens

Ai-je moi-même compris la stratégie de l’entreprise ?

Suis-je capable de la traduire en priorités opérationnelles claires ?

Mon équipe sait-elle pourquoi elle fait ce qu’elle fait ?

Sur le cadre

Mes attentes sont-elles explicites ?

Mes instructions et mes contrôles sont-ils compris et acceptés ?

Ai-je clairement défini ce qui peut être décidé sans me consulter ?

Sur l’écoute

Est-ce que j’écoute pour comprendre ?

Ou simplement pour préparer ma réponse ?

Est-ce que je laisse une place réelle aux désaccords ?

Sur mon propre fonctionnement

Ma manière de travailler rassure-t-elle l’équipe ou la maintient-elle en alerte ?

Mon urgence devient-elle systématiquement celle des autres ?

Mon état physique, mental ou émotionnel influence-t-il ma façon de communiquer et de décider ?

La dernière question est rarement posée.

Elle est pourtant essentielle.

L’état du manager finit toujours par entrer dans la pièce

Un manager épuisé ne devient pas automatiquement un mauvais manager.

Mais sa fatigue réduit sa disponibilité, son recul et parfois sa capacité à réguler ses réactions.

Sous pression, il peut devenir plus impatient, plus flou, plus contrôlant ou plus brutal sans même s’en apercevoir.

Son équipe, elle, s’en aperçoit très vite.

Un visage fermé.

Une réponse sèche.

Une décision contradictoire.

Une urgence transmise sans explication.

Et l’état du manager commence à organiser le travail à sa place.

Diriger de façon humaniste impose donc aussi de prendre soin de ses propres capacités.

Pas pour rechercher un confort permanent.

Pour rester capable de décider avec clarté, de communiquer avec stabilité et de ne pas déverser sa pression sur les autres.

Une posture humaniste ne s’improvise pas

Certaines personnes possèdent naturellement davantage d’écoute, d’empathie ou de recul.

Cela ne suffit pas.

Manager humainement demande des connaissances, des méthodes et un véritable travail sur sa posture.

Il faut apprendre à :

  • comprendre les mécanismes humains ;
  • communiquer avec clarté ;
  • poser un cadre sécurisant ;
  • réguler la pression ;
  • prendre des décisions difficiles ;
  • préserver sa propre capacité physique, mentale et émotionnelle.

Le contexte actuel rend cette exigence encore plus forte.

Les organisations évoluent vite. Les injonctions se multiplient. Les repères bougent. Les managers absorbent une part importante de cette instabilité.

Ils doivent pourtant continuer à donner du sens, maintenir un cap et présenter à leurs équipes une stabilité qui se voit.

L’humanisme ne s’oppose pas à la performance

C’est sans doute le malentendu le plus tenace.

Considérer les personnes ne signifie pas réduire les objectifs.

Écouter ne signifie pas céder.

Comprendre ne signifie pas tout accepter.

Protéger ne signifie pas éviter l’effort.

Un management humaniste peut être exigeant, direct et parfois inconfortable.

Mais il refuse de sacrifier inutilement les personnes au nom du résultat.

Il cherche une performance plus solide : une performance qui ne repose ni sur l’épuisement, ni sur la peur, ni sur l’obéissance silencieuse.

L’humanisme au travail n’est donc pas un supplément d’âme.

C’est une façon plus exigeante de diriger.

Et probablement l’une des seules encore capables de produire durablement de l’engagement, de la responsabilité et de vrais résultats.

Bien diriger commence aussi par être en état de le faire.

C’est précisément l’objet du travail proposé par iDMAX360.