Manager sous
pression : les 5 facteurs qui déterminent ta capacité à tenir
Nous oublions trop souvent ce que nous exigeons de notre organisme.
Et honnêtement… c’est ce qu’on exigerait d’une machine de guerre.
Concentration. Décision. Lucidité. Créativité. Gestion émotionnelle. Gestion de la pression…
Et, tant qu’à faire, rester fit, énergique et ne jamais tomber malade…
Pour le système complexe qu’est notre organisme, c’est énorme.
Pourtant, lorsqu’un dirigeant commence à perdre en énergie, en stabilité ou en lucidité, son premier réflexe consiste rarement à regarder ce qui se passe à l’intérieur.
Il cherche une méthode.
Une meilleure organisation.
Une compétence supplémentaire.
Ou quelques heures à ajouter à des journées qui n’en peuvent déjà plus.
Je connais bien ce réflexe.
Je l’ai eu pendant des années.
J’avais appris à diriger. Pas à me piloter.
Je me souviens de mes 30 ans. Je prenais mon premier poste de direction.
On ne choisit jamais le moment.
Sans réseau, sans code ni formation en management, j’ai certainement commis, une à une, toutes les erreurs possibles.
Et forcément, j’étais dans le dur.
Mais il s’agissait essentiellement de compétences fonctionnelles.
L’énergie, je l’avais.
Il suffisait d’observer les meilleurs, de comprendre ce qu’ils faisaient et de me former pour apprendre à faire pareil.
Je l’ai fait.
Et franchement, je m’en sortais très bien.
Au fil des années, j’ai appris à décider, communiquer, négocier, cadrer, recruter, déléguer et traverser des périodes difficiles.
J’avais appris à diriger.
Mais personne ne m’avait appris à piloter le système qui me permettait de le faire.
La nuance est considérable.
Parce qu’un dirigeant ne mobilise jamais ses compétences dans le vide.
Il les mobilise avec un certain niveau d’énergie, de tension, de récupération et de disponibilité mentale.
Autrement dit, avec un organisme dans un certain état.
Et cet état change tout.
La question que je ne me posais pas
Pendant longtemps, lorsqu’une difficulté apparaissait, je me demandais :
Qu’est-ce que je dois encore apprendre ?
C’était une bonne question.
Mais elle ne suffisait plus.
J’ai donc fini par m’en poser une autre :
Dans quel état mon organisme essaie-t-il d’utiliser les compétences que je possède déjà ?
C’est là que mon regard a changé.
Un dirigeant peut parfaitement savoir écouter et ne plus avoir la disponibilité nécessaire pour le faire.
Il peut savoir prendre du recul et réagir trop vite parce que son niveau de tension ne redescend plus.
Il peut connaître toutes les techniques de communication et devenir plus sec, impatient ou confus quand la fatigue persiste.
Il n’a pas perdu ses compétences.
Il a perdu une partie de sa capacité à les mobiliser avec justesse.
Et ajouter une méthode supplémentaire ne règle pas toujours le problème.
Parfois, cela ajoute simplement une nouvelle consigne à un système déjà saturé.
J’ai donc changé de terrain de recherche
Je ne voulais plus seulement apprendre à mieux manager.
Je voulais comprendre ce qui permet à un être humain de rester lucide, stable et disponible lorsqu’il doit décider sous pression.
J’ai cherché les experts capables de vulgariser des mécanismes habituellement réservés au monde médical ou scientifique.
Des personnes issues de domaines techniques, exigeants et régulés, mais capables de transmettre sans transformer chaque explication en cours magistral de trois jours.
Il y en a peu.
Le docteur Yann Rougier, auprès duquel je me suis formé, en fait partie.
Ce que j’ai appris m’a sidéré.
Précisément parce que les mécanismes les plus déterminants reposaient sur des actions souvent simples, mais que nous avions pris l’habitude de considérer séparément.
Au fil de ce travail, une architecture s’est imposée.
Cinq facteurs.
Pas un de plus. Pas un de moins.
Notre façon :
- de respirer ;
- de manger ;
- de bouger ;
- de gérer nos pensées ;
- de piloter nos émotions.
Cinq facteurs. Un seul système.
L’erreur serait de transformer ces cinq facteurs en cinq cases indépendantes.
C’est pourtant ce que nous faisons, dans la très grande majorité des cas, lorsque nous décidons d’agir.
Une technique de respiration, une routine d’activité physique ou une assiette améliorée…
Nous constatons que notre dernière trouvaille fonctionne. Cela va un peu mieux et c’est déjà bien. Mais tout se passe comme s’il manquait quelque chose.
Et les résultats restent à mille lieues de nos espoirs réels.
C’est normal et maintenant parfaitement démontré. Et c’est là que cela devient passionnant.
Ces cinq facteurs sont interconnectés. Ça, on s’en doute un peu.
Mais ils sont surtout interdépendants à un point souvent inconnu de la majorité.
Ces 5 facteurs, pris indépendamment, ne sont pas garants d’une réelle pérennité.
Car si l’un chute, les autres compensent jusqu’à l’épuisement ou la rupture.
C’est la façon de les combiner au quotidien qui permet de travailler efficacement sur notre résilience, notre stabilité et, in fine, notre performance managériale.
La vraie solution réside donc dans l’association de ces 5 facteurs.
Ce qui m’a convaincu, c’est l’aspect très terrain de ces interactions.
En voici quelques-unes.
Ce qui se passe est extrêmement concret :
- L’excès de stress dégrade l’assimilation des aliments.
Oui, le stress fragilise ainsi le facteur nutritionnel au moment précis où l’organisme en a le plus besoin.
Notre nutrition perd donc en efficacité même si l’assiette est parfaite, alors même qu’elle est notre socle pour tenir.
- Une consommation élevée d’aliments ultra-transformés est associée à 48 % de risque supplémentaire de symptômes anxieux.
Et nous ne parlons pas uniquement de hamburgers. C’est plus subtil que cela.
Il s’agit aussi de nombreux plats préparés, de certains sandwichs emballés, de barres énergétiques ou protéinées et même de produits présentés comme « santé » ou « minceur ».
Mais ce n’est qu’une partie du problème.
Même sans aliments ultra-transformés, une alimentation « simplement » déséquilibrée peut, elle aussi, nous rendre plus vulnérables au stress.
En mangeant n’importe comment pour gagner un peu de temps, nous générons un terrain encore plus sensible à la pression.
- La respiration permet de réguler efficacement notre système nerveux.
Les travaux en neurosciences le confirment : certaines techniques respiratoires constituent des outils simples et rapides pour retrouver un état d’apaisement.
Or, sous pression, notre respiration a tendance à se dégrader, souvent sans que nous en ayons conscience.
Nous pourrions en reprendre le contrôle, agir sur notre système nerveux, réguler notre réaction au stress et limiter ainsi ses effets sur notre digestion, évoqués quelques lignes plus haut.
Et nous passons tous les jours à côté de cet outil stratégique.
- L’activité physique, notamment la marche, a un impact déterminant sur la gestion de notre mental et de nos émotions, mais aussi sur notre capacité de récupération.
Et pourtant, nous sommes devenus sédentaires à un point que nous n’imaginons pas.
L’unique séance de marche ou de sport que beaucoup pratiquent le week-end ne suffit pas.
Le chiffre est brutal : 95 % des adultes français sont exposés à un risque de détérioration de leur santé par manque d’activité physique ou excès de sédentarité.
Et oui, tu peux faire du sport chaque week-end et appartenir quand même à ces 95 %.
C’est précisément le piège.
Une heure de sport ne donne pas à ton organisme un permis d’immobilité pour le reste de la semaine.
On le voit : chaque facteur agit sur les autres.
Il n’y a pas, d’un côté, le corps et, de l’autre, le mental et les émotions.
Il y a un seul système.
C’est physiologique.
Et c’est profondément injuste.
Certains le savent. D’autres pas.
Si mettre en application ces 5 facteurs était complexe, je n’aurais pas écrit cet article.
Il suffit d’intégrer les fondamentaux et d’appliquer un processus précis et subtil, certes, mais simple et compatible avec ton agenda.
Repères scientifiques
- L’influence du stress sur différentes fonctions gastro-intestinales est documentée dans la littérature scientifique.
- Une revue systématique publiée en 2022 observe une association entre une consommation élevée d’aliments ultra-transformés et davantage de symptômes dépressifs et anxieux, sans permettre d’affirmer à elle seule une relation causale.
- Les effets de la respiration lente volontaire sur la variabilité de la fréquence cardiaque et la régulation autonome ont fait l’objet d’une revue systématique et d’une méta-analyse.
- L’Organisation mondiale de la santé indique que l’activité physique régulière améliore notamment la santé mentale, la santé cognitive et le sommeil.